Chronologie des principaux évènements survenus dans les ardoisières de Trélazé par Jean Morlong, des Palmes académiques de Maine-et-Loire.

A la demande de nos lecteurs, Jean Morlong, Président d’honneur de la section des Palmes académiques de Maine-et-Loire, dresse une chronologie des principaux évènements sociaux survenus dans les ardoisières à Trélazé, de 1741 à 1920.

Chronologie.

1741 : Arrêté royal mettant fin aux privilèges que s’étaient octroyés les fendeurs. Cet arrêté n’a eu aucun effet.

Le 5 septembre 1790 : Des carriers de Trélazé se joignent à Angers aux ouvriers du port et des manufactures lors d’une émeute populaire causée par l’augmentation du blé et du pain. On déplore une soixantaine de morts.

1808 : Des exploitants ardoisiers se regroupent « Dans une société commerciale de participation ».

1819 : Grève des fendeurs, marquée par des incidents et des violences.

1848 : Une poignée de fendeurs, regroupée autour de deux fendeurs Rohard et Gaignard, constitue un syndicat.

Le 1er août 1848 : Grève marquée par de nombreux incidents, suite à une réduction de salaire,

1851 : Le coup d’État de 1851 de Louis Napoléon Bonaparte impose la dissolution du syndicat constitué en 1848.

Août 1855 : Insurrection de la « Marianne », Société secrète visant à renverser le régime impérial et fonder une République démocratique. Il est procédé à 250 arrestations.

Octobre 1855 : Procès des « Mariannistes » : 94 inculpés condamnés en cours d’assise, 142 en correctionnelle. Lourdes peines, une quinzaine condamnée pour Cayenne où Martineau, Secrétain et Birotteau mourront.

1880 : Création d’une Chambre Syndicale non reconnue, mais tolérée. Elle regroupe 72 adhérents.  Bahonneau est élu Président.

Août 1886 : Jean Allemane tient à Trélazé une conférence qui a pour thème : « La crise industrielle ».

Mars 1888 : Venue à Trélazé de l’anarchiste Tortelier. Sujet traité : « L’utilité des chambres syndicales et l’utilité de la révolution ».

Du 24 janvier au 22 septembre 1888 : Grève à la carrière du Pont-Malembert. Premier conflit social moderne dans les ardoisières. Rien n’a été obtenu, c’est un échec. Novembre 1890 : création officielle de la Chambre syndicale des ouvriers ardoisiers.

Le 16 mars 1891 : Début d’un conflit qui durera 6 semaines ; nombreuses manifestations ; importante présence des forces de l’ordre. L’intransigeance patronale est particulièrement marquée chez le président Blavier. La Commission laisse pourrir la grève. Elle impose des conditions pour la reprise. 65 grévistes sont licenciés. C’est un échec, mais sur le plan moral, cette grève est un succès : le syndicat a montré sa force, sa cohésion grâce à son leader Ludovic Ménard.

Novembre 1894 : A la Grand ’Maison, un fonceur est mis à pied pour avoir insulté et menacé un clerc. Par solidarité, des ouvriers « d’à-bas » se mettent en grève. Ludovic Ménard ne cache pas qu’il blâmait le coupable et il trouve inopportun de déclencher une grève.

Janvier 1897 : Agitation sur divers chantiers. Est demandé par les ouvriers de la Commission un salaire égal à celui de la Grand-Maison. Sont accordés : 1 Fr, pour les ouvriers « d’à-bas » et 5 Fr. pour ceux « d’à-haut ».

Le 30 Septembre 1897 : Une grève éclate suite aux brutalités d’un clerc. Est demandé son licenciement auquel se joint une demande d’augmentation de salaire. Tout est refusé par la direction ; lock-out des chantiers. De nombreuses manifestations de rue avec de violents heurts avec les forces de l’ordre. Le travail reprend après 30 jours de grève, sans la moindre satisfaction.

Le 13 janvier 1888 : L’affaire Dreyfus éclate avec la lettre d’Émile Zola. Elle ne fait qu’amplifier les dissensions entre anarchistes. Ludovic Ménard est sensible à l’injustice dont est victime Alfred Dreyfus. Il soutient la campagne engagée par Zola. Il adhère à la « Ligue des Droits de l’homme » qui mène le combat pour la reconnaissance de l’innocence et la réhabilitation d’Alfred Dreyfus.                                                                 

Juin 1903 : A la Grand ’Maison, Ludovic Ménard et ses camarades mènent des négociations avec la Direction qui s’achèvent sur un compromis concernant l’extraction du m3 de pierre abattu par les fonceurs. « Vaut mieux une entente amiable qu’une grève douteuse », paroles de Ludovic Ménard.

Du 2 au 9 avril 1904 : Grève générale qui a pour cause la non application de la loi réglementant la durée du travail dans les exploitations minières.

Le 21 Août 1904 : A Trélazé, création de la Fédération Nationale des ouvriers Ardoisiers avec son adhésion à la Fédération Nationale des Mineurs C.G.T. Par acclamation, Ludovic Ménard est désigné secrétaire général.

Du 8 au 13 octobre 1906 : Ludovic Ménard représente, au congrès de la C.G.T. à Amiens, la Fédération des Ardoisiers où est votée la « Charte d’Amiens » qui affirme l‘autonomie des organisations syndicales par rapport aux partis politiques.

Le 11 mai 1912 : Grève de 24 heures de toutes les industries extractives en France pour la journée de 8 heures.

1908 : Élections municipales à Trélazé. Ludovic Ménard appelle à voter pour la liste socialiste qui est élue en entier au premier tour. Il a rompu avec ses idées anarchistes abstentionnistes.

Le 8 mai 1908 : Regroupement de toutes les ardoisières de France : « La Fédération des Ardoisiers devient vraiment nationale ». Elle regroupe : les ardoisières angevines, bretonnes, alpines, ardennaises, pyrénéennes. Premier congrès à Renazé. L’élément majeur de ce congrès est l’obtention de l’assimilation des Ardoisiers au statut des mineurs.

Du 6 juin au 20 juillet 1910 : Grève et lock-out à la Commission des Ardoisières. La troupe est appelée sur les chantiers. Au cours d’une intervention le 3 juin, on relève des blessés dont un officier de gendarmerie et 7 gendarmes. Ferdinand Vest, adjoint au maire de Trélazé, est arrêté et condamné à 3 mois de prison. Le travail est repris après 30 jours de conflit ; 75 fendeurs sont licenciés. Cette grève est un échec total. Pour faire oublier son intransigeance, la Commission des Ardoisières a versé 5000 Fr. aux bureaux de bienfaisance des communes de Trélazé et des Ponts-de-Cé.

Le 16 décembre 1912 : A l’appel de la C.G.T., la totalité des ardoisiers de Trélazé, auxquels se sont joints les allumetiers, font grève pour manifester leur opposition à la guerre.

Le 10 septembre 1913 : Négociation pour l’augmentation de 15 % des salaires et la journée de travail de 8 heures.  Toutes les carrières de la Commission se mettent en grève. Nouveau lock-out, nouvelle apparition de la troupe. Plusieurs tentatives de médiations proposées par le Préfet sont repoussées par la Commission qui fait appel à des travailleurs italiens. Ils se déclarent solidaires des grévistes et rentrent dans leur pays. A bout de ressources, le travail est repris après 80 jours de grève. Est accordée une augmentation 50 centimes aux ouvriers « d’à-bas». 250 ouvriers sont congédiés et 150 ont volontairement abandonné la carrière. C’est un échec pour le syndicat.

3 août 1914 : La déclaration de la guerre provoque chez Ludovic Ménard un immense déchirement : ce conflit étouffe ses croyances internationalistes et antimilitaristes et il joue « l’Union sacrée ».

Juin 1919 : Trois semaines de grève des ouvriers « d’à-bas » pour l’application de la journée de travail de 8 heures.

Juin 1919 : Ludovic Ménard est élu secrétaire général de la Bourse du Travail d’Angers.

Le 30 avril 1920 : Vote de la loi assimilant les ardoisiers au régime de la Sécurité Sociale des mineurs. Ludovic Ménard voit enfin le couronnement de l’œuvre à laquelle il avait consacré sa vie. (1,2).  

Ludovic Ménard. Cliché Wiki-Anjou

1920-1921 : Les dissensions au sein de la C.G.T. qui ont entrainé sa scission, furent pour Ludovic Ménard vieilli, une dure épreuve. En juillet il abandonne toutes activités syndicales. Après une retraite sereine à Trélazé, puis à Angers, endeuillé par le décès de sa femme, il décède le 30 janvier 1935 à l’hospice des Ponts-de-Cé. Ses obsèques ont donné lieu à une émouvante manifestation. Tous ses adversaires lui ont rendu hommage. Une foule immense est venue attendre le convoi funèbre à l’entrée du bourg de Trélazé pour le conduire au cimetière communal où il repose.  Ils sont venus le remercier une dernière fois.  La présence du Préfet de Maine-et-Loire aurait fait sourire l’ancien anarcho-syndicaliste. Cette présence est un hommage du chef à la droiture et à la modération du militant syndicaliste.

 [1]Malgré de nombreuses réclamations et jours de grève, pour leur assimilation totale au régime minier, il faudra la menace d’une grève illimitée à partir du 1er mai 1956, lancée par la Fédération C.G.T. du Sous-sol, qui risquait de paralyser toutes les mines de France. La totale application du statut du mineur fut attribuée à tous les personnels du fond comme du jour dans toutes les ardoisières de France.

[2] : Le 1er mai 1941, une grève générale à l’appel de la Fédération du Sous-sol fut suivie par tous les Perrayeux à Trélazé pour protester contre la vie chère et les restrictions des denrées alimentaires. Première manifestation contre le Régine de Vichy qui avait établi une loi sociale des professions, dite « Charte du travail » qui interdisait le droit de grève, et dissous tous les syndicats.

Article de Jean Morlong.

Jean Morlong est président d’honneur de l’AMOPA de Maine-et-Loire et commandeur dans l’Ordre des Palmes académiques. Proviseur honoraire, il est notamment connu pour ses conférences sur les ardoisières et ses visites du site ardoisier de Trélazé.

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Webmestre : Henri-Marc Papavoine