Dans le cadre de la rubrique « Patrimoines de Maine-et-Loire, Jean Morlong évoque « La légende de Saint Lézin », les fêtes et traditions qui l’accompagnent.
Lézin en Anjou.
En Anjou, on a attribué à Saint Lézin la paternité de la mise en œuvre du schiste ardoisier. Son père était un homme riche et vertueux, apparenté à la famille du roi mérovingien Clotaire 1er dont il fut l’un des proches conseillers. Il fit donner à son fils Lézin, une très solide éducation qui montra les meilleures dispositions pour les études. Lézin aurait été doté par la nature : un bel homme intelligent. Brillant capitaine il devint le favori des rois francs, Clotaire et Chilpéric. Il reçut en 561, le gouvernement de l’Anjou. Mais au milieu de ces grandeurs, ce beau et noble jeune homme aspirait à descendre du faîte de sa gloire et rêvait mélancoliquement des obscures félicités du cloître.
Ses parents comme le roi refusaient de se priver de ses services et voulant le garder auprès d’eux, décidèrent de le marier. On lui offrit, choisie parmi les belles de la cour, une jeune fille accomplie, possédant la beauté, le charme souverain de la vertu et de la piété. Il mit par obéissance sa foi dans l’amour qui venait de naître, pour celle qui lui était destinée. La veille du mariage, au moment où il se rendait accompagné de sa famille et de ses amis au domicile de sa fiancée, un étrange cortège sortait de la maison. Dans ce cortège, il reconnut celle qu’il venait chercher comme épouse, vêtue de l’habit des lépreux, accompagnée d’un prêtre chantant l’office des morts, contrainte de se retirer dans une léproserie où elle décèda de la lèpre en 587. Frappé de douleur, Lézin alla se réfugier loin du monde dans un monastère, (Chalonnes ou Nantilly ?), et devint prêtre. Vers 590, Audovée, évêque d’Angers, vint à mourir. Les angevins se souvenaient de leur ancien gouverneur qu’ils appréciaient ; les autorités ecclésiastiques et royales proposèrent la charge d’évêque à Lézin. Avec regret pour sa vie monacale, et surpassant son humilité, Lézin accepta la charge d’évêque d’Angers.
Lézin, évêque d’Angers.
Lézin fut un évêque juste et bon, voué à sauver les âmes, mais aussi les corps, soulageant la misère des pauvres et des prisonniers. Il avait gagné le cœur des gens, grâce à sa vie personnelle exemplaire, à sa grande éloquence. Rapportées par des chroniqueurs et disciples de Lézin, on lui attribua de nombreuses guérisons : d’aveugles, de lépreux, de boiteux, et d’autres infirmités. La tradition perdura jusqu’à la Révolution. Tous les lundis, la ceinture de l’aube du saint était exposée au monastère Saint-Jean-Baptiste d’Angers, les femmes enceintes demandaient aux religieux de ceindre cette relique qui passait pour favoriser les accouchements. Il combattit la misère par le travail, possédant aux portes d’Angers de vastes domaines. Il y fit des ateliers où les pauvres gens venaient abattre le schiste pour la construction de maisons, de clôtures ou de pavages. Le bon évêque parcourait ainsi, un bâton à la main, les lieux d’extraction du schiste, lisant son office au milieu des Perreyeux, passant de groupe en groupe, louant les uns, stimulant les autres. Au cours d’une de ses visites, un énorme bloc de schiste se détacha de la paroi de la carrière et vint écraser les ouvriers occupés à son abattage. L’évêque traça un grand signe de croix, le bloc menaçant resta miraculeusement suspendu dans l’air, le temps aux ouvriers de se mettre à l’abri et d’éviter d’être écrasés.Il vint sur les carrières et observa si bien la roche qu’un jour il s’aperçut qu’elle pouvait se diviser en feuillets. Et c’est ainsi qu’on lui attribua la fabrication de la première ardoise. Il est décédé le 1er novembre 608 (date souvent retenue).
M. Soulèz-Larivière refuse dans son livre « Les Ardoisières d’Angers » la paternité de la fabrication de la première ardoise à Saint Lézin. Il indique : « L’origine du mot ardoise proviendrait des Ardennes, premières ardoisières exploitées en France dans la vallée de la Meuse. Plusieurs publications précisent que des exploitations ardoisières au Pays de Galles et dans les Ardennes ont devancé le développement de celles de l’Anjou. »

Aux VIème et VIIème siècle, l’extraction du schiste ardoisier provenait d’affleurements ou de tranchées de faible profondeur. L’image représentant le miracle de Saint Lézin nous montre une carrière à ciel ouvert, technique d’exploitation qui sera mise en application plusieurs siècles après le passage sur terre du Saint canonisé en 659.
Célestin Port indique que la vie de Saint Lézin a été écrite par un contemporain anonyme et reposerait sur des faits vagues et des données incohérentes qui ont fait l’objet de nombreuses critiques. Il indique qu’au cours des siècles la première ardoise soi-disant fendue par Saint Lézin n’a pas eu beaucoup de petites sœurs. Viollet-le-Duc écrit que vers la fin du XIIème siècle, la couverture de combles coniques rend nécessaire l’emploi d’ardoises. Évoqué lors d’un congrès des Sociétés Savantes, le premier site couvert avec du schiste ardoisier se situerait en Anjou au Xème siècle, il pourrait être à Ecouflant. Cette couverture aurait été composée d’ardoises épaisses trapézoïdales de tailles inégales percées d’un trou recevant une cheville à section carrée. Il s’agirait de lauzes.
Plusieurs documents attestent l’existence des chapelles construites sur le fief au lieu-dit « Tire-Poche » propriété de l’Hôtel-Dieu d’Angers : 1454, 1529, 1685. Il est dit que ces chapelles étaient considérées comme des annexes de l’église paroissiale situées dans le bourg à environ à trois kilomètres. Au XVIIIème siècle, le curé de Trélazé y assurait deux messes par mois. Du XVIème au XVIIIème siècle, lors de grandes inondations, le bourg avec l’église subissaient la montée des eaux et les offices religieux étaient célébrés dans les chapelles annexes, notamment pour les obsèques des personnes décédées. Il ne reste aucune trace des chapelles ni des tombes.
En 1830, la Commission des Ardoisières a fait construire une chapelle au Bois de la Brosse, dédiée à Saint Lézin. L’ensemble du quartier où elle est implantée a pris le nom du Saint. La ville de Trélazé a fait don de la chapelle au Musée de l’Ardoise.


Chapelle Saint Lézin (Collection Jean Morlong).
Dans le département de Maine-et-Loire, dans les Mauges, existe une commune qui porte le nom de Saint-Lézin. Le 15 décembre 2015, elle est devenue une commune déléguée au sein de la commune nouvelle de Chemillé-en-Anjou.
La fête de la Saint Lézin.
Elle est fêtée le 13 février. Dès les débuts du mois de janvier, les femmes procèdent à la toilette de brancards en forme de bassicots. Dans chaque famille d’ardoisier, on s’active à confectionner des fleurs de papier qui seront placées sur les brancards. On repasse les draperies, les oriflammes ou les banderoles qui seront accrochées sur les arcs de triomphe qui seront plantés sur le parcours de la procession. Au matin de la fête, l’ensemble des Perreyeux se rassemble sur la place du village Saint Lézin où se trouve la chapelle dédiée au saint patron qui est fêté. Les Perreyeux portent leurs beaux habits, fleurs et rubans à la boutonnière. Le cortège s’organise, en tête un porteur d’un énorme cierge sur lequel se détache la figurine du Saint, qui devance les tambours et les clairons. Suivent deux brancards chargés de couronnes de pains à bénir et de gâteaux.
Les figurants viennent se placer par ordre de préséance et d’ancienneté pour chaque carrière. Chaque carrier porte un cierge décoré où est inscrit le nom de la carrière où il travaille. Ainsi se suivent les carrières : les Grands-Carreaux, les Petits-Carreaux, l’Hermitage, Monthibert, les Fresnais, la Paperie, la Grand-Maison l, le Pont-Malembert, et enfin les Petits Rouliers. Chaque carrière a sa propre couleur : le rouge, le violet, le vert…. Sortie de la chapelle, la statue de Saint Lézin est installée sur un brancard porté par des hommes et ferme le cortège. La procession emprunte un parcours de marche à travers les cités de Buhau, la Maraîchère, Bel-Air, la Pyramide, le Buisson, puis après deux heures de marche atteint le bourg. En 1896, le commissaire de police de service précise : « Cette procession garde un caractère profane, dans les rangs, on parle, on rit. »
Suisse en tête avec sa hallebarde, suivis des enfants de chœur, le clergé accueille la procession, qui doit se frayer un chemin à travers la foule curieuse venue d’Angers et des environs, si nombreuse que les arrivants ont du mal à trouver place dans l’église Saint Pierre ; les directeurs et administrateurs des carrières prennent place aux premiers rangs.

La partie religieuse commence vraiment, les chantres entonnent le Benedictus, tambours et clairons sonnent aux champs. Les brancards s’alignent près de la balustrade du chœur, les cierges sont fixés sur des socles dorés placés autour du sanctuaire qui est traditionnellement fleuri par la maison Charosé de la Pyramide. Les prêtres présents, le clergé de Trélazé assistés des nombreux prêtres invités à cette cérémonie, procèdent à la bénédiction du pain, des gâteaux et des cierges. Ces derniers seront repris par les familles des Perreyeux et utilisés à l’occasion de fêtes de famille ou de deuils.
A l’offertoire, chantres et enfants de Marie entonnent le cantique sur l’air de la Vendéenne « Saint Lézin patron des carrières ». Ensuite, l’harmonie exécute un morceau de musique aux nuances délicatement rendues. La messe se poursuit. A la fin de la cérémonie, chaque carrière effectue une distribution de pain béni. Sort en premier le clergé, suivent les directeurs, les clercs, enfin l’assistance. La cérémonie terminée, les bistrots sont pris d’assaut, les verres s’entrechoquent. Les porteurs de brancards prennent le chemin du retour bordé de nombreux bistrots, de demeures d’amis où l’on s’arrête, on boit, on chante, on mange. Et comme les arrêts sont nombreux sur le chemin du retour, sur son brancard la statue de Saint Lézin est brinquebalante et regagne sa chapelle portée par des hommes bien mal assurés sur leurs jambes, d’autres restent étendus sur le bord de la route.
En 1903, le curé Jules Galard suspend la fête de Saint Lézin car il y voit la diminution de l’idée religieuse au cœur des Perreyeux et la perturbation de la procession par des anarchistes. Cependant en 1904, la fête est reprise, mais à la Pyramide éclate un incident entre des anarchistes et des socialistes avec des porteurs de brancards. Ce fut la dernière procession.
Selon le statut des mineurs, acquit complet en 1957, après de nombreuses revendications et grèves, les ardoisiers ont obtenu le bénéfice d’une journée chômée et payée le 4 décembre, jour de la fête de la Sainte Barbe, la patronne des mineurs, des pompiers. Saint Lézin depuis les débuts du XIXème siècle, saint patron des Ardoisiers, est tombé dans l’oubli mais les paroisses regroupées de Saint-Barthélemy d’Anjou et Trélazé ont pris le nom de paroisse Saint Lézin.
Références biographiques.
- Trélazé cité des faiseurs d’ardoises (Jacques Thomé).
- Les ardoisières d’Angers (Furcy Soulez Larivière).
- Dictionnaire historique du Maine-et-Loire (Célestin Port)
- Archives paroissiales.
Article de Jean Morlong.
Jean Morlong est président d’honneur de l’AMOPA de Maine-et-Loire et commandeur dans l’Ordre des Palmes académiques. Proviseur honoraire, il est notamment connu pour ses conférences sur les ardoisières et ses visites du site ardoisier de Trélazé.
Site Internet : https://amopa49.fr/
Contacter : contact@amopa49.fr
Webmestre : Henri-Marc Papavoine
